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Regards croisés, médiatrices indépendantes #4 – Marlène Lahalle

Aujourd’hui, la médiation culturelle innove et se renouvelle en sortant des théâtres, des musées ou des bibliothèques pour inventer d’autres chemins à leur côté.

En choisissant de devenir indépendante, j’ai eu besoin de rencontrer d’autres médiateurs – médiatrices principalement – qui ont fait un pas de côté et qui ont osé se lancer dans des projets de médiation innovant. L’échange de pratiques étant essentiel à mes yeux, je partage avec vous ces rencontres, dans l’espoir qu’un jour nous puissions tous-tes se regrouper pour valoriser ces nouvelles formes de médiations.

Je vous propose le portrait de personnes inspirantes, passionnées et engagées.
Le principe : les inviter à répondre à 5 questions à priori simples et enfantines mais qui viennent questionner le sens de notre métier et de notre engagement.

4ème rencontre avec…

Marlène Lahalle
Médiatrice, intervenante et formatrice spécialisée en Cinéma et Education aux images

Qui es-tu ?

Je crois que je suis juste quelqu’un qui a eu un coup de foudre pour un film et qui ne cesse d’interroger cette rencontre.

En fait, quand j’étais petite, j’allais très peu au cinéma, notamment parce que j’habitais en milieu rural. Mais, un soir, seule devant le petit écran et au hasard du zapping, un film s’invita dans ma maison, mais aussi dans mon imaginaire.

Ce fut une rencontre si forte, de l’ordre de la rencontre amoureuse, qu’elle changea absolument tout le cours de ma vie. C’était Sueurs froides d’Alfred Hitchcock.

Il a ouvert une petite porte dans mon esprit. Ce fut une révélation, comme si on m’avait donné accès à un monde inconnu. Le film a suscité une telle forme de curiosité chez moi qu’il a clairement déterminé la suite de mon parcours.

Que fais-tu ?

Sur les conseils d’une critique du magazine Première, à qui j’avais osé écrire, j’ai suivi une formation en Lettres avec option journalisme, avant de tenter les concours des écoles de journalisme et de la Fémis, afin de devenir critique de cinéma.

Mais, en chemin, je me suis découvert une passion pour la pédagogie et j’ai décidé de poursuivre mon parcours en médiation culturelle. Pour des raisons financières, je n’ai pas fait de Master. Mais, j’y ai vu une possibilité de créer mon propre parcours et d’expérimenter directement sur le terrain.

J’ai fait mes premières armes au sein de l’Education Nationale et dans l’animation socioculturelle. J’aimais beaucoup travailler dans les zones d’éducation prioritaire, je m’y sentais aussi à l’aise qu’utile. Et c’est en accompagnant l’une de mes classes à une séance du dispositif Collège au cinéma que je découvre l’éducation à l’image. Une autre révélation, l’association du cinéma et de la pédagogie !

Par la suite, je coordonne ces mêmes dispositifs d’éducation à l’image et deviens médiatrice et intervenante en milieu associatif et festivalier. Mon parcours prend encore plus sens, lorsque je deviens formatrice sur un projet à destination de jeunes entre 18 et 25 ans sans emploi, ni étude.

Mais, mon désir d’expérimenter reprend le dessus et, en 2018, je me lance comme indépendante, sous le nom de Plein les mirettes. Je l’ai pensé comme un laboratoire pour imaginer des dispositifs innovants. C’est aussi l’occasion pour moi de délaisser totalement la coordination. Désormais, plus besoin de choisir entre les casquettes de médiatrice, d’intervenante et de formatrice ! Je m’ouvre aussi à un nouveau domaine, l’éducation aux séries.

Pourquoi le fais-tu ?

Je pense que je suis grandement animée par ma propre découverte du cinéma. Cette rencontre m’habite et me questionne toujours. Si bien que, quand j’ai repris mes études pour suivre une formation en réalisation documentaire, j’ai voulu creuser cette réflexion dans le cadre d’un court métrage, La Faute à Hitchcock. Comment s’articule cette rencontre sensible ? Est-ce la même chose chez les enfants, chez les adultes ? Et qu’en reste-t’il comme traces ?

De par ma propre rencontre, j’ai constaté à quel point le cinéma était vecteur d’émotions et pouvait faire bouger les lignes. Je revendique d’ailleurs plus le cinéma comme un média à utiliser à des fins de développement personnel et de vivre-ensemble, plutôt qu’un savoir théorique ou technique.

Ce qui me passionne aussi, c’est la rencontre avec l’autre. Et plus variés sont les publics, mieux c’est ! J’ai vécu à l’étranger, en Angleterre, en Inde et au Canada. En France, j’ai travaillé à la fois en milieu rural et citadin, avec les jeunes publics et le tout public. J’aime aussi imaginer des actions en direction de publics un peu plus complexes ou isolés, comme les publics allophones ou en situation de handicap.

Comment le fais-tu ?

J’aime jongler entre la médiation, l’intervention et la formation, dont les approches sont complémentaires. J’essaie de conjuguer ma passion des images à celle de la pédagogie active et ludique. Cette démarche pédagogique, je l’hérite clairement de l’éducation populaire. Pour moi, c’est évident qu’en participant à des moments conviviaux, on apprend mieux !

Je prône également un usage éducatif du numérique. Nombreuses sont les personnes qui possèdent des smartphones ou des tablettes aujourd’hui. Pourtant, ce sont des outils dont on minimise encore le potentiel créatif. J’aime l’idée que les participant·e·s puissent poursuivre les expérimentations à partir de leur propre appareil. Pour moi, ça va dans le sens de la démocratisation culturelle.

Je me vois un peu comme une intervenante tout terrain, mais si je ne me sens pas légitime à travailler avec un public en particulier, par exemple, je préfère me former au préalable. D’ailleurs, dès qu’une corde manque à mon arc, je complète mes compétences par des formations, de l’animation de discussions à visée philosophique à la littérature jeunesse, de l’éducation aux médias à d’autres formes de pédagogie. J’aime m’appuyer sur différentes approches pour imaginer des actions de manière pertinente et ludique.

Quelles sont tes aspirations pour l’année à venir ?

Côté cinéma, je continue à interroger le lien entre cinéma et émotions, notamment par la conception d’un outil, La Roue des émotions, en partenariat avec le cinéma L’Alhambra à Marseille. Plus je travaille ce sujet, plus il me passionne !

Pour ce qui est des séries, ça reste un enjeu encore peu exploré du point de vue de l’éducation, ce qui est en totale contradiction avec l’appétence pour le format. Je continue donc à développer des ateliers dans ce sens et c’est assez exaltant !

Aussi, j’aimerais beaucoup développer plus d’actions avec les publics isolés, car elles sont bien trop minoritaires à mon goût, que ce soit au sein même de mon parcours ou de manière générale.

Pour en savoir plus :

Rendez-vous sur le site Plein les mirettes qui présente les services proposés par Marlène Lahalle.

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