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Inspirations : Photographies pour l’enfance et la jeunesse – Episode 1

Lorsque l’on parle d’albums jeunesse, l’illustration dessinée occupe une grande place. Il faut dire qu’aujourd’hui les illustrateurs déploient des univers plastiques magnifiques, n’hésitant à multiplier les techniques (aquarelle, fusain, papier découpé, linogravure, pastel et j’en passe !) La photographie paraît à la marge alors que des livres et des artistes gagnent à être connu…

Dans ce premier épisode découvrez ce qu’est la photolittérature pour la jeunesse, des coups de projecteur sur des photographes et un coup de cœur : le regard d’un papa photoreporter sur son fils.

Photographies pour l'enfance et la jeunesse 1/2

LA PHOTOLITTERATURE POUR LA JEUNESSE

La photolittérature désigne les livres écrits par des auteurs à partir de photographies, des livres dans lesquels les photographes créent à partir d’un récit ou encore des livres dont le récit et les photographies sont réalisés par une seule et même personne.

La photolittérature pour la jeunesse est un genre de plus de 159 ans !
L’un des premiers livres pour enfants illustrés de photographies date de 1862 et c’est Anderson, l’auteur de La Petite Sirène, qui en est à l’origine. On y voit des garçons et des filles en costumes poser pour donner vie à de courts poèmes.

En plus de 100 ans, plusieurs approches et formats ont été déployés. Dans les années 30, les photographies sont utilisées dans des ouvrages à visée pédagogique. Les années 50 apparaissent comme une période riche de publications d’albums photographiques pour la jeunesse. Des maisons d’éditions française et suisse, telles Nathan, La Guilde du livre… publient les albums de photographes de renom : Robert Doisneau, Ylla, Albert Lamorisse, Suzi Pilet

Des dates clés illustrent la diversité des propositions au fil du 20e siècle.
En 1991, les imagiers ludiques de la photographe américaine Tana Hoban commencent à être édités en France par les éditions Kaléidoscope. En 1999, Thierry Magnier publie Tout un monde un imagier récompensé par de nombreux prix pour son inventivité. Les auteurs y mélangent différentes techniques d’illustrations pour représenter le monde : photographies, dessins, images numériques… En 2004, les éditions MeMo rééditent trois œuvres phares de l’histoire de la photolittérature jeunesse dont Animaux à mimer d’Alexandre Rodtchenko et Deux petits ours d’Ylla.

Malgré tout, ce genre reste à la marge. L’idée perdure qu’une photographie dans le livre pour enfants ne peut être aussi symbolique qu’une image graphique. Les éducateurs ou éditeurs lui reprochent de figer la réalité d’une part et de confronter les enfants à une violence du monde sans filtre d’autre part. Elle ne donnerait ainsi, selon eux, qu’une représentation brute du monde sans distanciation possible. La photographie, en clair, ne stimulerait pas l’imaginaire de l’enfant en offrant une vue « plate » ou brutale du réel.

Les albums photographiques restent donc minoritaires dans le champ de la littérature jeunesse. Cependant, au début du 21ème siècle, l’inventivité des auteurs va permettre à la photolittérature de s’imposer comme un genre mettant en avant une dimension sensible et poétique. Des albums mêlent illustrations graphiques et photographies, jouent des mises en scènes, des photomontages dans tous les genres : imagiers, albums narratifs, recueils de poésie… Si la photographie fut d’abord envisagé comme un marqueur du réel, elle possède un fort potentiel de jeux d’illusion, d’ombre et d’onirisme.

Dans notre société hypercontemporaine où la surabondance des images prédomine, la photolittérature joue un rôle primordial dans l’Education aux images avec sa capacité à aiguiser le regard et l’oeil critique du jeune spectateur.

Dans le cadre de l’exposition Clic Clac, la photographie dans la littérature jeunesse organisé par la Médiathèque José Cabanis à Toulouse (cf épisode 2), un dossier complet est à retrouver pour découvrir plus en profondeur l’histoire de la littérature jeunesse.

DES PHOTOGRAPHES QUI S'ADRESSENT AUX ENFANTS

Yveline Loiseur

Yveline Loiseur est une photographe vivant à Lyon. Elle développe des projets variés où l’ombre et la lumière occupent une place importante dans son travail photographique. Poétique, énigmatique, sensible, engagé, sont autant de qualificatifs que l’on pourrait employer pour parler de son travail.

Elle aborde de nombreux thèmes et l’enfance est l’un de ses sujets de prédilection. Aussi, elle développe des projets de photolittérature ambitieux et inventifs à destination de l’enfance et la jeunesse. De vraies pépites à découvrir sans plus tarder !

  • Florence & Henri2019

Photographies: Yveline Loiseur
Texte: Yveline Loiseur & Olivier Belon
Éditions 205
Coffret  21,5 × 26,5 cm contenant un livret 36 pages + 8 planches d’expérimentation + petit matériel

Cet ouvrage raconte avec poésie la photographie aux enfants par la lecture d’une histoire, de définitions et de 8 planches à manipuler.
Il fait référence à l’œuvre de la photographe Florence Henri (1893-1982), à son usage des miroirs et à la construction géo­métrique de ses natures mortes à la fin des années vingt, fortement influencées par ses études au Bauhaus avec Josef Albers et László Moholy-Nagy.

Dans son atelier, Yveline Loiseur a mis en scène l’histoire d’une femme photo­graphe (Florence) et d’un chat en papier (Henri) dans le laboratoire où elle donne à voir aux enfants la succes­sion des étapes techniques de la révélation d’une image.

Au cours de sa lecture, l’enfant fait connaissance avec le vocabulaire de la photographie : appareil, reflet, pellicule, tirage, agrandisseur, lumière, etc. La lecture et l’observation des images suggèrent à ses lecteurs des idées de manipulation qu’ils pourront effectuer avec les planches de jeux et le matériel proposé : miroir, filtres de couleur et outil de recadrage.

  • Le portrait d’Eugène 

Trans Photographic Press
Impression en quadrichromie, 16 photographies, 18,5 x 22 cm, 32 pages.

Le Portrait d’Eugène est un livre de photographies pour enfants ayant pour héroïne une femme artiste. Il fait référence au portrait d’Eugène Atget réalisé par Berenice Abbott en 1927.

Il propose une façon poétique de parler de photographie, de portrait et de regarder des images en train de se faire en invitant l’ombre, la lumière et les couleurs à tracer des formes pour écrire un récit photographique.

Le Portrait d’Eugène, qui est avant tout un livre d’images, suit le fil d’une narration simple : évocation de l’activité de la jeune photographe, présentation des éléments importants d’une séance de portrait (attention à la lumière, choix des accessoires, choix du cadrage, observation du vêtement), déroulement technique de la prise de vue (mise au point, retrait du volet, parcours de la lumière dans l’appareil photo).

Une postface historique dévoile la véritable rencontre d’Eugène Atget et Berenice Abbott. Elle a été écrite par Gaëlle Morel, historienne de la photographie, qui a assuré en 2012 le commissariat de l’exposition Berenice Abbott à la galerie du Jeu de Paume à Paris. 

  • La petite fille aux allumettes

Photographies : Yveline Loiseur
Texte : Hans Christian Andersen
Trans photographic press
Imprimé en quadrichromie, 15 photographies,  22,5 x 16,5 cm, 32 pages

Si le livre jeunesse des années 50 était souvent composé de photographies, il en est devenu aujourd’hui l’exception.

Les images, saynètes contemporaines de La petite fille aux allumettes d’Yveline Loiseur, proposent des pistes pour faire redécouvrir ce grand classique aux générations actuelles.

Un hommage à celui qui fut à l’origine de la photolittérature ? Une relecture inspirante fait de jeux d’ombres et de lumières.

Claire Dé

Depuis 2000, Claire Dé développe un travail plastique et photographique pour la jeunesse dans lequel l’image et le livre tiennent une place centrale. Ses chantiers artistiques qui s’emparent joyeusement du quotidien tentent de métamorphoser les objets ordinaires en objets artistiques, en matière créative.

Porter un autre regard sur le réel, inviter les enfants à faire « un pas de côté », à vivre un art de l’étonnement et de l’expérimentation tout en s’initiant au beau, les livres et les installations dans l’espace de Claire Dé placent toujours le lecteur en position d’explorateur.
Au-delà du plaisir de jouer avec les formes, les couleurs, les matières, la lumière, Claire Dé aime explorer les possibilités de l’album et renouvelle ses propositions dans chacun de ses projets. Retrouvez l’intégralité de ses projets sur son site internet et voici ici 2 coups de coeur !

  • Arti show

Éditions des Grandes Personnes | 2013

Dans ce grand album tout de noir vêtu, les couleurs explosent peu à peu. Elles mettent en relief des photographies inattendues : des légumes s’y retrouvent peints, mis en scène dans des situations étranges…

Des rabats et des jeux de flous nous dissimulent une poire peinte en rouge et blanc, une courge bleue, un artichaut multicolore… Au fil des pages, nous pouvons découvrir des bribes d’histoires : celle d’une poire gravure de mode, celle d’un ensemble de légumes fans de cirque ou celle de fruits prêts à être découpés (mais dans quel sens ?!). Un album riche et majestueux. L’installation plastique Artishow prolonge le plaisir en version XXL !

  • Imagine : c’est tout blanc…

Éditions des Grandes Personnes | 2015

C’est vaporeux, léger, aérien… c’est blanc. C’est doux, duveteux, mousseux… c’est blanc. C’est granuleux, cristallisé, givré… c’est blanc. Qu’elle soit insaisissable, brute, crémeuse, liquide ou froissée, à travers l’objectif photographique de Claire Dé, la matière se fait blancheur. Et l’artiste s’en amuse.

Faisant appel à l’observation et à la déduction, Claire Dé et son fils Basile se jouent de la matière et des évidences. Ce petit format carré, cartonné, à l’esthétique photographique indéniable, ravira petits et grands dans ce jeu d’idée, d’association et d’imagination.

Martine Camillieri

Martine Camillieri est une autrice et plasticienne française. Ses œuvres ont la particularité d’être des détournements d’objets du quotidien, aussi bien de vieux jouets, des ustensiles de cuisine ou des emballages. À l’opposé de sa première carrière dans le milieu de la publicité, elle réfléchit aujourd’hui à l’écologie, au recyclage.

Ses livres ou ses installations ont ainsi deux valeurs : esthétique en cela que les objets qu’elle choisit associent couleurs et matières sur un mode décalé, et morale, car ils invitent à une réflexion sur la surconsommation d’objets dans notre société. Ludiques, ses détournements pointent des objets artisanaux ou faits en série, et qu’ils soient « kitsch » ou moches, tous trouvent leur place dans son travail.

  • Le trop petit poucet

Martine Camillieri
Édition Seuil jeunesse | 2018

Il était une fois un couple de bûcherons très pauvre, qui n’arrivait pas à nourrir ses sept enfants. Parmi eux, il y en avait un qui s’appelait Poucet. Ses frères l’appelaient demi-portion car il était petit, bien trop petit. Ils l’écoutaient peu car il avait une bien trop petite voix…

Martine Camillieri parvient ici à reprendre la trame exacte de ce conte bien connu tout en le détournant avec beaucoup d’humour et de dynamisme, et en proposant des illustrations très originales. Il y a tant de détails au fil des pages que la lecture de l’histoire peut être modifiée, simplifiée ou enrichie, en fonction de l’humeur.

  • Le gros livre des petits bricolages

Martine Camillieri
Éditions Seuil Jeunesse | 2016

Dans ce documentaire, Martine Camillieri propose aux enfants, selon trois niveaux de difficulté, de réaliser des bricolages éphémères.

Tout est source de création, comme les jeux et les jouets que les enfants trouveront dans leurs chambres, ou encore des objets du quotidien destinés au départ à être jetés : pots de yaourt, cure-dent, barquette et filet alimentaire… De vraies histoires à raconter et à se raconter, ludiques, pédagogiques et surtout, bourrées d’humour !

  • Les très petits cochons

Angélique Villeneuve et Martine Camillieri
Éditions Seuil Jeunesse | 2013

Dès les pages de garde, couleur rose marshmallow, le lecteur tombe dans l’univers sucré de l’enfance, il salive (comme le loup) en voyant ces cochons attablés : saucissons, bouchées à la crème, sandwichs ou omelettes.

Les illustrations de cet album mettent en scène des jouets de l’enfance et des objets du quotidien des tout-petits : des pailles, du sucre, des legos, des bouteilles, des jouets de maisons de poupées. Les cochons, eux, sont représentés par des petites figurines en plastique au sourire jovial. Humour, sonorités répétitives, ce conte revisité est un régal pour les tout-petits !

Corentin Fohlen est un photoreporter ayant couvert l’actualité au quatre coins du monde : guerre en Afghanistan, révolution Orange en Ukraine et à Bangkok, émeutes en banlieue parisienne, séisme en Haïti, révolutions arabes en Egypte et Libye, famine dans la Corne de l’Afrique… avant de prendre du recul, du temps et d’orienter son travail vers des histoires plus longues et une réflexion plus documentaire. C’est un homme de terrain au regard aiguisé qui partage les réalités de l’odyssée humaine : la révolte, la détresse mais aussi la poésie et la beauté dans l’inattendu. 
Depuis 2012, il s’est consacré à des projets documentaires et aussi plus personnels et artistiques.

Papa d’un petit garçon d’aujourd’hui 4 ans, il a couvert un nouveau terrain pendant le confinement de 2020 en photographiant son fils dans son quotidien.
Un regard tendre et poétique sur l’enfance et le pouvoir de l’imaginaire.

Voici ses mots et des clichés à retrouver sur son site internet : “Nino est un petit enfant de 3 ans. A cet âge tout est nouveau, tout est possible, tout est l’objet de découvertes fascinantes.

Habitant en banlieue parisienne, ce petit homme a la chance de vivre une partie du temps chez son photographe de père et sa compagne dans une maisonnette avec un jardin. Un îlot précieux où chaque parcelle de terre et d’herbe est pour lui un monde nouveau à explorer.

Cette série a débuté durant le confinement contre le coronavirus en avril 2020. Pour le bambin, être confiné n’a pas changé grand chose à son monde intérieur. Ne plus retourné à la crèche a vite été remplacé par ses nombreuses expéditions dans son univers féérique peuplé de pirates, de fourmis et de méchants requins qui animent son territoire immense comme le cosmos. Un eden dont il doit parfois ressortir pour aller se laver, ranger sa chambre, ou faire une sieste.

Une série en cours vers l’infini et au delà…”

Pour aller plus loin

Pour en savoir plus sur la photolittérature, découvrez le travail de Laurence Le Guen, doctorante en photolittérature. Le site de Laurence Le Guen est consacré à la photolittérature pour la jeunesse.

Découvrez le second épisode qui se penche sur les incontournables imagiers et albums photographiques de littérature jeunesse, sur l’Education aux images et sur des lieux ressources et d’expositions dédiés à la photographie pour l’enfance et la jeunesse.

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